Si c'est gratuit, c'est toi le produit

17 novembre 2018

L’investissement dans les technologies appliquées à l’immobilier connaît l’une des plus fortes croissances au niveau international. Elles font la une des magazines spécialisés et intègrent les classements des startups à très haut potentiels. D'ailleurs la France est en bonne place, continue d’accélérer et c’est une excellente nouvelle. La dynamique et le besoin d’alignement avec les usages nécessitent une mise à jour et cela va dans le sens de l’expérience clients qu'il faut toujours parfaire et améliorer.

Les start-ups de la proptech - néologisme composé de Property et Technology - que l’on peut traduire par les entreprises technologiques de l’univers immobilier, suscitent l'engouement et en 4 ans, elles ont levé environ 6,4 milliards de dollars à travers 817 deals (selon les sources CB Insights). Elles sont soutenues par un financement de pré-seeding (démarrage) provenant de diverses sources, notamment des fonds de capital-risque spécialisés dans les technologies immobilières, mais aussi d’acteurs plus éloignés de nos métiers qui perçoivent le potentiel business de cet univers dont les montants transactionnels font briller les yeux. A la différence d'une entreprise traditionnelle ou d'une agence immobilière, les start-ups ne doivent pas nécessairement gagner d’argent dans cette période de croissance mais atteindre une masse critique d’utilisateurs et représenter un poids sur le marché. Durant cette phase initiale, les montants investis oscillent entre 500 000 et 2 voir 3 millions d’euros, dernièrement les montant de ces levées ont explosé, malgré le fait que les premières années ces jeunes entreprises crées de la dette.

 

« Si c’est gratuit c’est toi le produit »

De nombreuses start-ups et éditeurs arrivent avec des modèles qui ont fait leurs preuves : des services intéressants et des tarifs très bas, voir une gratuité en contrepartie des DATAS et d’un apport en industrie qui peut sembler faible de prime abord pour une agence. Ne nous y trompons pas, cela ne dure jamais et ce qu’ils prennent vous coutent une fortune à moyen terme puisque c’est votre fond de commerce qui est dans la balance. C’est vous qui remboursez la dette accumulée alors même qu’ils valorisent votre apport qui devient le leur, la création de ces superpuissances se fait avec notre argent.

Si donner ses informations vendeurs, clients ou les informations d’un bien vous parait un échange acceptable pour un service rendu, imaginez la richesse que cela représente à l’échelle d’un millier d’agence. L’exemple de booking est connu de tous et ça n’arrive pas qu’aux autres de se faire court-circuiter. Nous ne sommes pas à l’abri et pas plus bête ni plus malins que les hôteliers. Mais notre marché est tout aussi courtisé.

 

Financer l’installation d’un péage entre vous et votre client

Quand la bascule se fait en terme de poids sur le marché et que le service utilisé crée une dépendance ou un passage obligatoire pour les internautes, les tarifs et conditions changent et les investissements initiaux sont très vites épongés. Les derniers scandales liés à Facebook l'ont encore démontré, il est difficile de protéger ses données personnelles et cela à une valeur énorme. Les internautes doivent se former pour mieux comprendre l'économie actuelle et les méthodes des entreprises liées à la « nouvelle économie ». C’est également le cas des agents immobiliers dans la gestion des données de leur agence. Beaucoup trop de professionnels se mettent en position de dépendance et donnent leurs richesses pour gagner, à court terme, quelques milliers d’euros. En faisant ça ils hypothèquent leur avenir et celui des autres professionnels.

 

Restons vigilants et protectionnistes sur la DATA

Il existe actuellement de nombreuses startups qui ciblent ou essaient de cibler les segments de la chaîne du marché immobilier. Elles essayent soit de perturber (principe d’Uberisation et de remplacement) soit d'améliorer la manière dont les acteurs du marché actuels fonctionnent (principe de partenariat et de création de valeur commune). Les cibles adressées sont multiples, les vendeurs, les acheteurs, les bailleurs, les locataires, les investisseurs ou les professionnels de l’immobilier, et ce, dans leur pluralité. Tout est monétisable à moyen ou long terme selon les modèles économiques de ces acteurs.

Soyez vigilants et travaillez avec les prestataires qui vous renforcent, chaque euro injecté dans un tiers doit faire l’objet d’un questionnement. Posez vous la question de ce que cela peut vous couter à long terme et évitez d’introduire des filtres entre vous et vos clients, évitez de succomber aux sirènes des nouveaux entrants qui flattent et vivent aux dépens des agents immobiliers. Notre univers est dynamique et il doit se digitaliser mais pas à n’importe quel prix et pas n’importe comment.

Fichier AMEPI est une association qui évolue et innove, nous avons développé des outils et des solutions pour les agences en nous basant que ce qui se fait de mieux dans le monde autour du partage de mandat. LA profession reste active et engagée dans cette transformation digitale et qu’il est possible de garantir une indépendance pour les agences. Fournir des services qui permettent d’optimiser les performances sans conflits d’intérêts.

 

Philippe Godet, Directeur Executif.